1910 -19 JUILLET- 2014, 104ÈME ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE L'ÉCRIVAIN FRANCISCO COLOANE.

lundi 28 décembre 2009

Francisco Coloane dans l'Encyclopædia Universalis

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Médaille Francisco Coloane. Casa de Moneda de Chile, (Maison de la Monnaie du Chili). procédé : imprimé. Matériel Bronze, format 60 mms de diamètre

« Bien que nous ayons affaire à un auteur débutant, il est d'un talent prometteur et je ne serais pas étonné qu'il devienne un grand écrivain qui prendra pour sujet la Patagonie, laquelle attend depuis longtemps celui qui chantera la vie intense qu'on y mène. » Ces mots, prononcés par l'écrivain Manuel Rojas, en 1940, remettant un prix littéraire à Coloane, alors inconnu en littérature, furent prémonitoires. « Un Jack London des terres australes » : cette appellation définit bien l'écrivain chilien (prix national de littérature, en 1964), dont l'œuvre exalte dans leur âpre beauté ou leur brutalité sauvage, les paysages et les habitants de l'Archipel de Chiloé, de la région de Magellan et de l'Antarctique chilien.

« Autodidacte de la plume », l'inspiration de Coloane s'inscrit dans un courant néo-réaliste empreint de lyrisme ou de fantastique, dérivé du criollismo, qui eut cours dans la première moitié du XXe siècle, et dont Mariano Latorre (1896-1955) fut, au Chili, le représentant majeur. Coloane s'intéresse à des contrées ou des aspects du territoire national délaissés jusqu'alors par la littérature.

Francisco Coloane Cárdenas est né le 19 juillet 1910 à Quemchi, petit port de la côte orientale de la grande île de Chiloé, dans l'océan Pacifique. Son père, capitaine d'un bateau de cabotage, lui transmet son amour des océans et des géographies marines, qui constituent les éléments essentiels des paysages et des intrigues de ses romans et de ses nouvelles. Il abandonne vite ses études au lycée de Punta Arenas - la ville la plus australe du monde, avec Ushuaia - pour se lancer dans l'aventure. Grâce aux multiples métiers qu'il exerce - éleveur de moutons, contremaître d'estancia, dresseur de chevaux, chasseur de baleines, baroudeur des mers, employé de bureau, dessinateur de cartes marines... -, il va connaître de façon intime les mentalités et les mœurs des peuplades indiennes (Alakaluf ou Kaweskar, Yamena, Ona), dont il sera un ardent défenseur, tout comme il fréquente de près la population cosmopolite des régions antarctiques, où se mêlent marins, chasseurs de phoques, chercheurs d'or, contrebandiers, pirates, bandits, trafiquants, bourlingueurs, aventuriers sans foi ni loi.

Journaliste à Santiago, Coloane écrit des nouvelles dans un style admirable de force expressive et de sobriété : « Compagnons de travail, individus en chair et en os, connaissance de la nature, immensité des pampas et des mers ont donné vie à mon travail littéraire. » Les quatorze récits de Cabo de Hornos (1941) restituent, dans un climat hallucinant et une écriture abrupte, des épisodes dramatiques où le réel se confond avec la légende. L'œuvre se poursuit, nourrie par la nostalgie des régions australes. Dans El Último Grumete de la Baquedano (1941), un adolescent, embarqué clandestinement sur une corvette, se lance à la poursuite de son frère perdu en mer. Les histoires contées dans Golfo de Penas (1945), Los Conquistadores de la Antártida (1945), Tîerra del Fuego (1957), El Camino de la Ballena (1962) ont toujours pour cadre les confins du monde, ce Grand Sud qui fascine le romancier. El Guanaco Blanco (1981) évoque l'extermination des Indiens Selk'nam, chassés de leurs terres transformées en pâturages à moutons.

Ami de Pablo Neruda, dont il partagea l'idéal communiste, Coloane lui rendit un dernier hommage à sa mort, quelques jours après le coup d'État militaire, de Pinochet, le 11 septembre 1973. Los Pasos del hombre (2000) retrace le « parcours accidenté » avec sa « profusion de rencontres et d'expériences » du vieux baroudeur. Ce récit de vie fantaisiste, où s'inscrivent des souvenirs d'exil en Argentine et des voyages en Europe et en Asie, s'achève sur ces mots : « Je rêve souvent de mon père et j'entends ses derniers mots : „Reprenons la mer“. » Son ultime livre, Naufragios : Reflexiones y Ficciones (2002), mêle l'autobiographie à l'évocation de diverses catastrophes maritimes, de 1520 à nos jours. Membre de l'Academia Chilena de la Lengua, célèbre dans toute l'Amérique latine, Francisco Coloane est mort le 5 août 2002, à Santiago du Chili.

Bernard Sesé

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